
Pourquoi j'écris
Dernière mise à jour : 3 août
Un membre de ma famille m'a demandé si j'avais envisagé que toute cette écriture ne m'aidait peut-être pas.
C'était dit gentiment. C'est la version que je reçois le plus souvent — pas posée franchement, mais livrée de biais, emballée dans de l'inquiétude. Parfois c'est plus direct. Un ancien collègue m'a envoyé un message après mon dernier texte qui disait, au complet: «courageux». Juste ça, avec le point. J'ai pensé à ce point-là plus que de raison.
Pourquoi le dire à voix haute. Pourquoi y mettre son nom. Pourquoi ne pas garder ça privé, là où n'importe quelle personne sensée le garderait.
La vraie réponse n'a rien de noble. C'est que d'autres avaient déjà commencé à l'écrire, et qu'ils étaient moins bons que moi.
La maladie te transforme en dossier avec une efficacité déconcertante. D'abord un fichier, puis une inquiétude, puis une histoire. Il y a dans mon dossier médical des mots que je n'aurais jamais choisis. Grandiosité. Manque d'autocritique. Les deux se défendent. Ni l'un ni l'autre n'est de moi. Il y a aussi là-dedans un fax de douze pages, envoyé à ma psychiatre par l'avocate de quelqu'un d'autre, que j'ai relu plus souvent qu'il ne me fait du bien et que je pourrais probablement réciter.
Ce qui reste une fois tout ça retombé, ce n'est pas une vie. C'est un symptôme, une citation, une mauvaise nuit, un message que je paierais cher pour pouvoir reprendre, et une version des faits racontée avec l'immense assurance de quelqu'un qui n'a jamais vu que la fumée.
Écrire ne règle pas ça. Ça ne défait rien, ça ne me rend pas noble, et ça n'a produit aucun arc de rédemption avec éclairage tamisé et guitare acoustique qui monte en trame de fond. Dieu nous en préserve.
Ce que ça fait, c'est y remettre le temps. La maladie aplatit une vie en preuve simultanée — tout vrai en même temps, tout aussi accablant, aucun avant ni après. Écrire me permet de dire: ceci est arrivé, puis ceci, et voilà ce que j'en comprends aujourd'hui.
Est-ce que ce que j'en comprends est juste, c'est une autre question, et je veux être prudent ici, parce que je me suis déjà trompé sur mon propre état mental pendant des mois d'affilée. Je ne prétends pas à l'exactitude. Je revendique d'en être l'auteur, ce qui est une barre plus basse et la seule qui me soit accessible.
J'écris tard le soir, quand le reste du monde est déjà passé à autre chose. Presque tout finit à la poubelle. Il y a sur mon téléphone un document appelé «notes» qui contient neuf mille mots de choses qui ne seront jamais publiées et qui ne devraient pas l'être. C'est ça, l'essentiel du travail. Ce qui est publié n'en est que le résidu.
L'autre raison, c'est que le silence a cessé de ressembler à de la discrétion pour se mettre à ressembler à une disparition.
Le silence est une seconde maladie, en tout cas il l'a été pour moi. Il t'apprend à circuler comme la preuve vivante de ton propre échec. Tête baissée, pas d'explications, ne te fais pas voir, laisse la pire version tenir lieu de l'homme au complet. J'ai fait ça un temps. Ça ne m'a pas rendu plus en sécurité. Ça m'a rendu plus petit et nettement plus ennuyant, et ça faisait que chaque conversation contenait une pièce verrouillée que nous sentions tous les deux et que ni l'un ni l'autre ne mentionnait.
Je ne vais pas prétendre que se confesser est automatiquement courageux. Ça ne l'est pas. La confession peut être paresseuse. Ça peut être de l'exhibitionnisme avec un meilleur éclairage. Ça peut être une façon de refiler à des inconnus quelque chose qui appartient à la thérapie, à un tiroir barré, ou à une longue marche sans ton téléphone. J'en ai fait au moins deux et je préfère ne pas dire lesquelles.
Mais le secret dévore dans un ordre précis. Le contexte d'abord — les raisons, la séquence, les explications ordinaires qui faisaient que tout tenait debout. Ensuite la dignité. Ensuite la mémoire, et c'est cette partie-là qui me fait vraiment peur, parce qu'on ne garde pas une histoire dans sa tête pendant deux ans sans qu'elle se réécrive tranquillement en sa faveur. La mienne l'avait fait. Je m'en suis rendu compte en relisant ce que j'avais écrit sur le coup.
Et sous tout ça il y a la réponse simple: je suis un auteur, et c'est ce que les auteurs font avec les choses.
Je ne suis pas une marque. Ni un porte-parole bien propre. Ni un homme qui brandit un carton plastifié où c'est écrit que la santé mentale, c'est important, pendant qu'une salle applaudit poliment et rentre chez elle toujours terrifiée par la maladie mentale réelle. Juste quelqu'un qui prend ce qui est arrivé et le retourne dans ses mains jusqu'à ce que ça ait des arêtes et un poids qu'on peut tendre à quelqu'un d'autre. Parfois c'est beau. Plus souvent c'est du triage. De temps en temps, la phrase est la seule surface propre de la pièce.
Quand la manie s'est arrêtée, elle ne m'a pas laissé de sagesse. Elle m'a laissé des conséquences. Des médicaments. Des excuses. De la confiance que je rembourse encore par versements. Des relations tordues dans des formes dont elles ne sont pas ressorties. Et l'étrange vie administrative d'après, dans un monde qui aime le rétablissement surtout quand il est inspirant, bref, et déjà terminé.
Le rétablissement n'est pas ça. C'est répétitif et souvent humiliant. Prendre le médicament qu'on avait juré de ne jamais prendre. Répondre à des courriels. Nettoyer une cuisine. S'expliquer soigneusement à quelqu'un qui a tout à fait le droit d'être prudent en retour. Ne pas lire chaque silence comme un verdict, ce que je rate encore chaque semaine. Redevenir fiable un jour plate à la fois, devant des gens qui regardent pour voir si tu vas y arriver.
Personne ne met ça sur une affiche. Ce n'est pas inspirant. C'est juste un mardi.
Alors voilà: je ne veux pas que la honte soit la seule archive. Je veux un dossier qui dise que c'est arrivé, que j'étais malade, qu'il y a eu des dégâts, qu'il y a eu des conséquences, certaines méritées — et aussi que j'étais une personne pendant tout ce temps-là. Pas innocent. Pas un monstre. Une personne qui allait mal.
Je ne demande pas l'absolution et je ne demande à personne de sauter les bouts difficiles. Je préférerais simplement que le pire chapitre ne devienne pas le livre au complet.
Ce membre de ma famille a peut-être raison, d'ailleurs. Je ne sais pas si tout ça m'aide. Certains matins, c'est clair que non. Mais le silence commençait à ressembler à être enterré vivant dans les résumés des autres, et la maladie n'a pas le dernier mot sur une vie qu'elle n'a fait qu'emprunter.
Alors je me lève, je fais le café, et j'essaie de faire tenir une phrase honnête. Puis je recommence le lendemain. C'est toute la méthode, et j'ai arrêté d'attendre que ça me fasse plus d'effet que ça.



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